L'USS Gerald R. Ford n'est pas stationné près de l'Iran. Il est stationné au large d'Israël. Et personne ne se pose la seule question qui compte : pourquoi?
Le fleuron de la marine américaine, d'une valeur de 13,3 milliards de dollars, le plus grand navire de guerre jamais construit, vient de se positionner au large de Haïfa. Non pas en mer d'Arabie, où le Lincoln se trouve à 850 kilomètres des côtes iraniennes, prêt pour des opérations offensives. Non pas dans le Golfe, où la portée de frappe est optimale. Au large d'Israël. Pour défendre Israël.
Il ne s'agit pas de redondance. Il s'agit d'une stratégie délibérée. Deux porte-avions. Deux missions. Deux fonctions stratégiques totalement différentes. Le Lincoln est l'épée, positionné pour lancer des frappes dans l'espace aérien iranien quelques heures après réception d'un ordre. Le Ford est le bouclier, ses systèmes de défense antimissile Aegis créant un parapluie au-dessus des centres urbains israéliens contre les représailles qui suivront le premier tir de Tomahawk. L'Amérique vient de scinder sa doctrine de porte-avions en deux : offensive et défensive simultanément. Une telle situation ne s'était pas produite depuis le théâtre d'opérations du Pacifique en 1945. Mais ce positionnement révèle quelque chose de plus profond que de la simple tactique. Lorsque l'Iran ripostera, et tous les scénarios de guerre prévoient une riposte iranienne, ses missiles et drones se dirigeront vers Israël. Ils traverseront le même espace aérien qu'un groupe aéronaval américain est actuellement stationné. Chaque missile iranien visant Tel Aviv ou Haïfa devra franchir la zone de défense du porte-avions Ford. Tirer sur Israël signifie tirer sur, autour et à travers un groupe aéronaval américain. L'Iran ne peut riposter contre Israël sans engager les forces navales américaines. La position du Ford rend cela physiquement impossible. Le porte-avions ne défend pas Israël par pure générosité. Il est positionné de telle sorte que toute riposte iranienne à des frappes américaines se transforme automatiquement en attaque contre les forces américaines, déclenchant la pleine puissance de la riposte militaire américaine sans qu'aucune décision politique supplémentaire ne soit nécessaire. C'est une garantie d'escalade inscrite dans le béton armé. Si la campagne se prolonge au-delà des prévisions, si les munitions viennent à manquer d'ici 7 à 10 jours, si les alliés hésitent, la position du Ford garantit que la riposte iranienne accomplit le travail politique que Washington ne peut mener seul : elle transforme une frappe américaine limitée en un acte de légitime défense qu'aucun allié ne peut refuser de soutenir. On ne stationne pas un porte-avions de 13,3 milliards de dollars à la merci des tirs de riposte ennemis si l'on ne le souhaite pas.
Le Ford n'a pas pour but d'empêcher l'escalade. Il vise à garantir que, si escalade il y a, elle se produise dans des conditions qui rendent la retenue américaine politiquement impossible et la participation des alliés politiquement inévitable.

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