Je n'adhère pas à l'ensemble de ses vues sur la géopolitique, mais ce que je veux mettre ici en lumière ce sont les enjeux actuels liés à la fermeture du détroit d'Ormuz.
Il y a quelques heures, Trump est passé sur Fox News pour annoncer qu’il appelait personnellement les alliés européens et des gouvernements régionaux pour former une coalition et rouvrir le détroit d’Ormuz.
Quelques heures plus tard, l’Allemagne a dit non.
"Tant que cette guerre continue, il n’y aura aucune participation, pas même dans un effort pour maintenir le détroit d’Ormuz ouvert par des moyens militaires."
C’est le porte-parole du gouvernement allemand.
C’est le moment où la thèse d’une résolution rapide du marché [du pétrole et des engrais] est morte.
Réfléchissez à ce qui vient de se passer. Les États-Unis ont demandé à la plus grande économie d’Europe, qui a reçu le plus de soutien américain pendant la crise énergétique russe, à l’allié de l’OTAN qui bénéficie le plus des transits d’énergie du Golfe, d’aider à rouvrir une voie maritime de 21 miles qui transporte un tiers du commerce maritime mondial d’engrais et un cinquième du pétrole mondial.
L’Allemagne a répondu qu’elle n’avait rien à voir avec cela.
Le Japon a déjà refusé. L’Australie a déjà refusé. La marine américaine a confirmé le 12 mars qu’elle n’était "pas prête" pour des opérations d’escorte. Les moyens de dragage de mines ont été retirés du service en 2025. Trump exige qu’environ sept pays envoient des navires de guerre, en présentant cela comme une réciprocité pour le soutien américain en Ukraine, en avertissant que l’OTAN risque un "avenir très sombre" si les alliés refusent.
Nombre d’engagements confirmés ce soir: zéro. Maintenant, faites le calcul sur le calendrier.
Même si une coalition se matérialise la semaine prochaine pour draguer un corridor de 21 miles [détroit d'Ormuz] saturé de mines iraniennes et de menaces d'attaques de drones, cette initiative prend des semaines de préparation opérationnelle. Ensuite, les escortes doivent commencer. Ensuite, les assurances doivent se recalibrer. Les tampons de capital Solvency II épuisés par 26 mois de pertes en mer Rouge ne se reconstituent pas en quelques jours [réserves d'argent obligatoires que les compagnies d'assurance doivent garder de côté pour prouver qu'elles peuvent payer les sinistres]. Les traités de réassurance doivent être renégociés. Les navires individuels doivent être réévalués. Le précédent de la mer Rouge date de 26 mois et les primes n’ont jamais retrouvé leurs niveaux d’avant-crise.
La Corn Belt a besoin d’azote d’ici mi-avril. L’Inde a besoin de préparatifs pour la saison Kharif d’ici mai. L’Australie a besoin d’urée d’ici juin.
Vous voyez le problème?
Le calendrier de la coalition se mesure en mois. La fenêtre de semis se mesure en semaines. Ces deux horloges ne se croisent pas. La nourriture que le monde mangera fin 2026 est en train d’être décidée en ce moment même par la chimie des sols, et non par quel ministre des Affaires étrangères décroche l’appel de Trump.
Près de 49% de l’urée [composant principal des engrais azotés] échangée dans le monde est liée à des exportateurs du Golfe en zone de conflit. Le transit s’est effondré de 97%. Le Bangladesh a fermé cinq de ses six usines d’urée pendant sa principale saison de riz. L’Inde a officiellement demandé à la Chine de l’urée d’urgence. La Chine a répondu en interdisant les exportations de phosphate jusqu’en août. L’Égypte saigne ses réserves de change pour nourrir 69 millions de personnes avec des subventions au pain qu’elle ne peut plus se permettre. 318 millions de personnes étaient déjà en niveau de crise de faim avant que tout cela ne commence.
Le PIB de l’Allemagne va subir un coup de 0,2 à 0,4 point de pourcentage rien qu’à cause du choc énergétique. Le TTF gaz est en hausse de 45 à 60% depuis la fermeture. Et Berlin vient de dire à Washington qu’elle ne lèvera pas le petit doigt pour arranger ça. Le pays qui a fermé ses centrales nucléaires, est devenu dépendant du gaz importé, et refuse maintenant d’aider à sécuriser le détroit par lequel ce gaz transite. L’ironie s’écrit d’elle-même. Les conséquences, pas du tout.
Le mécanisme de réassurance de 20 milliards$ du DFC avec Chubb n’a zéro utilisation confirmée pour les navires d’engrais. L’assurance indemnise les pertes financières. Elle ne drague pas les mines que l’Allemagne refuse d’aider à enlever.
Chaque heure qui passe sans escorte est une heure de plus vers la date limite de semis. Chaque allié qui refuse ajoute un mois au calendrier de normalisation. Chaque mois ajouté = une récolte perdue supplémentaire sur la partie raide de la courbe de rendement quadratique où opèrent les agriculteurs les plus pauvres du monde.
Le refus de l’Allemagne n’est pas une note diplomatique. C’est le signal de confirmation que les molécules resteront coincées jusqu’au printemps.
La fenêtre de semis se fiche de votre politique de coalition. Elle se ferme.
Analyse de Shanaka Anslem Perera


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