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vendredi 23 mars 2018

Le président Trump a décidé de remplacer son conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, reconnu pour son pragmatisme, sa prudence et sa modération, par John Bolton, un idéologue favorable à l'utilisation beaucoup plus fréquente de la force militaire par les États-Unis. Y a-t-il de quoi s'inquiéter?

Vous vous souvenez quand Donald Trump dénonçait les politiciens et leurs conseillers qui avaient précipité les États-Unis dans une guerre insensée en Irak? Quand Trump avertissait les Américains que la présence d’Hillary Clinton à la Maison-Blanche pourrait signifier des conflits sans fin? C’est bien loin tout ça. Hier le président a annoncé le remplacement de son principal conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, un ex-général reconnu pour sa prudence dans l’engagement de la force, par John Bolton, un idéologue néoconservateur pour qui toutes les excuses semblent bonnes pour déballer l’artillerie lourde aux quatre coins du monde.

Alors que Trump a fondé tout son discours en campagne sur le fait que la guerre en Irak a été la pire erreur de l’histoire récente des États-Unis (ce qui n’est pas faux), il vient d’engager pour guider sa politique étrangère l’un des principaux architectes de cette guerre.

Que fait le conseiller à la sécurité nationale?

Le rôle qu’occupera John Bolton est stratégique dans le processus de prise de décision en politique étrangère à la Maison-Blanche. Le Conseil de sécurité nationale (National Security Council; à ne pas confondre avec le Conseil de sécurité de l’ONU) est une section de la branche exécutive qui fournit au président, sous son autorité directe, des avis et analyses pertinents aux nombreux enjeux de sécurité nationale qui nécessitent son intervention directe. C’est le poste qu’ont occupé, entre autres, Henry Kissinger avec Richard Nixon et Zbigniew  Brzezinski avec Jimmy Carter.

Qu’il s’agisse de gérer les crises ou de mener la politique étrangère au jour le jour, le conseiller à la sécurité nationale est toujours engagé aux côtés du président. Contrairement au secrétaire d’État ou au secrétaire à la Défense, qui ont leurs bureaux à l’extérieur et qui doivent gérer d’immenses bureaucraties,  le conseiller travaille à quelques portes du bureau ovale avec une petite équipe flexible. Il est toujours le premier arrivé et le dernier sorti quand le président se penche sur les dossiers de sécurité. Il dispose d’une équipe d’analystes et de spécialistes de haut vol, dont la plupart sont des permanents qui suivent les dossiers de politique étrangère pas à pas depuis des années.

Formellement, son rôle est de synthétiser ces analyses et de présenter au président une image objective de la situation afin de lui permettre de prendre une décision éclairée et informée. Dans la pratique, le conseiller à la sécurité nationale dispose d’une position unique pareille pour influencer le cours de la politique étrangère et de sécurité des États-Unis. C’est pourquoi la nomination de John Bolton a déclenché un mouvement de panique parmi les spécialistes de la politique étrangère. 

Qui est John Bolton?

Le choix de Donald Trump pour occuper ce poste stratégique est un juriste et ancien diplomate. Alors qu’il était sous-secrétaire d’État en 2002, John Bolton a été instrumental dans la décision américaine de refuser d’adhérer au traité de Rome créant la Cour pénale internationale. Choisi par Bush pour occuper le poste d’ambassadeur aux Nations unies, ses prises de positions controversées (entre autres, son souhait à peine voilé de voir disparaître l’ONU) ont amené le Sénat à lui refuser la confirmation. Il a quand même occupé le poste jusqu’en 2006 par un artifice législatif qui permettait son engagement sans confirmation. Heureusement pour lui, le poste de conseiller à la sécurité nationale n'est pas soumis à l'assentiment du Sénat, où plusieurs républicains se joindraient probablement aux démocrates pour lui barrer la route.

Plus récemment, Bolton est surtout connu pour ses apparitions régulières à Fox News, où il a été un critique inlassable de l’administration Obama et un fidèle disciple de Donald Trump dès son entrée en campagne. La rumeur persistante à Washington veut que Trump l’avait considéré dès le début pour le poste de conseiller à la sécurité nationale mais il croyait qu’il n’avait pas le physique de l’emploi à cause de sa moustache exubérante. Les innombrables prises de position publiques de Bolton le dépeignent comme un faucon, toujours prêt et prompt à envisager l’usage de la force militaire non pas comme un dernier recours mais le plus souvent comme une solution immédiate à la plupart des crises qui confrontent les États-Unis.

Faut-il s’inquiéter?

En un mot, oui. La plupart des conseillers à la sécurité nationale dans le passé ont été des individus relativement effacés qui étaient beaucoup plus susceptibles de donner au président un avis équilibré et fondé sur les faits qu’une opinion lourdement influencée par l’idéologie et une vision préconçue du monde. L’opinion largement répandue au sujet de John Bolton est que l’ex-diplomate de 70 ans est avant tout un idéologue qui, malgré ses affirmations à l’effet contraire, se servira de sa position pour mettre de l’avant ses propres préférences et saura exploiter le faible de Donald Trump pour la flatterie pour le seconder dans ses décisions les plus impulsives. La prudence du conseiller sortant H.R. McMaster, qui s’est sans doute plus d’une fois efforcé de calmer les impulsions militaristes de Trump, est probablement une des principales raison pour son renvoi. Trump a peu de patience pour la critique et les appels à la prudence et ce n’est pas ce qu’on attend de John Bolton.

Par exemple, au sommet des inquiétudes des spécialistes quant aux politiques de sécurité de Trump, il y a l’option d’une utilisation dite «préemptive» de la force dans le contentieux nucléaire avec la Corée du Sud de Kim Jong-un et, une option moins immédiate mais tout aussi préoccupante, une résiliation de l’entente nucléaire avec l’Iran qui pourrait être suivie d’une escalade rapide vers l’emploi de la force armée. En fait, quel que soit l’enjeu international, l’utilisation hâtive de la force militaire n’est jamais bien loin dans l’ordre de priorité de l’idéologue que Trump vient de mettre en charge de sa politique de sécurité.

John Bolton sera le troisième conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump. Le premier, Michael Flynn, était aussi un fidèle disciple de Trump. Flynn a toutefois dû démissionner dans la tourmente du scandale de l’affaire russe et a depuis plaidé coupable à des accusations criminelles d’avoir menti dans ses déclarations au FBI, en plus d’avoir entretenu de multiples conflits d’intérêts dans ses relations avec des gouvernements étrangers. Cette nomination s’inscrit dans la nouvelle phase de la présidence Trump dont je parlais dans ma chronique d’hier. Elle fait également suite au renvoi du secrétaire d'État Rex Tillerson, partisan d'une politique étrangère plutôt classique qui ne s'était pas gêné pour critiquer les orientations de son patron (même s'il avait ses propres problèmes au plan de la gestion interne) et à son remplacement par Mike Pompeo, un loyaliste de Trump qui sera plus enclin à appuyer le président en toutes circonstances.

Le président, qui manifeste de plus en plus de confiance en ses capacités et d’assurance dans son rôle malgré la tourmente, semble en voie de refaire la Maison-Blanche à son image en privilégiant l’embauche de loyalistes. Loin de chercher à tempérer ses instincts impulsifs, le président serait plutôt d’avis qu’il gagnerait à leur donner libre cours. Une rumeur veut que Trump songerait même à se débarrasser de son chef de cabinet (qui, malgré la controverse sur plusieurs de ses déclarations, demeure un des derniers remparts de son administration contre le chaos total à la Maison-Blanche) et s’occuper lui-même de l’organisation du travail de la présidence.

Y a-t-il de quoi s’inquiéter en présence d’un président impulsif traqué sur plusieurs fronts (y compris l’affaire russe et des poursuites civiles par une actrice porno, une ex-playmate et une ancienne participante à son émission de télé), d’une Maison-Blanche chaotique, d’un conseiller prompt à tirer sur tout ce qui bouge et de conflits qui s’enveniment contre des régimes imprévisibles? Poser la question, c’est y répondre.

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